04/08/2008
Septième Ciel, Janet Evanovich
Je gagnai ma chambre en traînant les pattes et me laissai tomber sur le lit pour réfléchir. Penser ressemble très souvent à sommeiller, sauf que l’intention n’est pas la même. J’étais au beau milieu d’une réflexion très profonde quand le téléphone sonna. Le temps que je m’extirpe de mes réflexions, il n’y avait plus personne en ligne, seulement un message de plus sur mon répondeur.
Le mois dernier, Mamie a décroché son permis de conduire et s’est acheté une corvette rouge. Il lui a fallu très exactement cinq jours pour réunir assez de contraventions pour excès de vitesse et perdre son permis.
- Alors, elle était comment ? voulut savoir Mamie. Loretta ? Qu’est-ce qu’elle portait ? Comment était-elle coiffée ? Doris Szuch m’a dit qu’elle l’avait vue à la supérette hier après-midi, alors je suppose qu’elle n’était pas encore toute pourrie et mangée par les vers.
Mon père tendit le bras vers le couteau à découper, mais ma mère arrêta son geste d’un regard d’acier qui lui disait n’y pense même pas.
- Je suis un Super Héros, man, rétorqua Mooner.
- Une Super Tantouze, plutôt. Vous vous baladez dans cette tenue toute la journée ?
- Sûrement pas, man. C’est ma tenue secrète. […]
- Vous savez voler comme Superman ? lui demanda Benny.
- Non, moi, je vole dans ma tête, man. Genre, je m’élève, tu vois. […]
- Le seul problème, c’est qu’on n’a pas de cape. C’est sans doute pour ça que le vieux, il a pas compris que j’étais un super héros. Pas de cape.
- Tu ne penses pas réellement être un super héros, dis ?
- Dans la vraie vie, tu veux dire ?
- Mouais.
Mooner paraissait surpris.
- Les super héros, c’est juste de la fiction, déclara-t-il. On te l’avait jamais dit ?
- Simple curiosité de ma part.
Je dressai un inventaire mental de mon équipement. Bombe lacrymo et menottes dans mon sac. Le pistolet paralysant s’y trouvait sans doute aussi, mais peut-être pas rechargé. Mon .38 était chez moi dans la boîte à biscuits. Et j’avais ma lime à ongles au cas où ça tournerait à la bagarre.
- J’en conclus que tu connais le type qui s’est désapé dans ton couloir, dit Morelli.
- Mooner. Il voulait me montrer ses sous-vêtements. […]
Je téléphonai à Mooner pour lui faire part de nos non-découvertes.
- Hé, man, ça devient angoissant. Y a pas que Dougie qui a disparu. Mes fringues aussi.
- Ne t’en fais pas pour ça. Je les ai retrouvées.
- Putain, t’es forte. T’es hyper forte.
J’exécutai mentalement plusieurs roulements d’yeux et raccrochai.
- Comment m’as-tu entendue ? Je chuchotais, et ta porte était fermée.
- Mon cul a des oreilles. J’entends tout.
- Des clopes de première qualité. Tu en veux ?
Merde.
- Ça, ce n’est pas bien, dis-je à Mooner.
- Je sais. Ça tue, man. Vaut mieux de l’herbe.
En vérité, mes fiançailles étaient plutôt floues car Joe m’avait fait sa demande à un moment où il était difficile de faire la distinction entre le désir de passer le restant de nos jours ensemble et celui de faire l’amour sur une base régulière. A côté de la libido de Joe, la mienne paraît négligeable, alors, évidemment, il est plus souvent favorable au mariage que moi.
- Man, fit Mooner.
- Tu as de la drogue dans ton sac ?
- Hé, pour qui tu me prends ?
- Pour un camé.
- Ouais, bon, c’est parce que tu me connais.
- Bon, tu veux du café ou pas ?
- Oui ! Je veux du café et tout de suite !
Sa voix monta d’un cran supplémentaire. Il criait carrément à présent.
- Je ne vais quand même pas l’attendre éternellement, ce café !
Vlan, je posai un mug sur le comptoir de la cuisine, y versai du café et le poussai violemment vers Mooner. Puis, je téléphonai à Morelli.
- J’ai besoin de plantes, lui dis-je. Il faut que tu m’en trouves.
- Tu songes à quoi ? Un caoutchouc ?
- Non, je songe à de la marijuana. J’ai jeté toutes les drogues de Mooner dans les toilettes hier soir, et maintenant, je ne le supporte plus. C’est à croire qu’il a des symptômes prémenstruels. […]
Je levai les yeux au ciel si haut que j’eus l’impression qu’ils firent un tour sur eux-mêmes et je me vidai les poumons en poussant un gros soupir agacé pendant que Mooner allait chercher ses chaussures en râlant. Super. Je n’étais même pas en manque et voilà que, moi aussi, j’avais des symptômes prémenstruels.
- Je me disais que j’avais besoin d’une ceinture pour ma Super Tenue. Pour ranger tout mon matos anti-criminalité, tu vois.
- De quel « matos » parles-tu ?
- Je n’y ai pas encore complètement réfléchi mais je pense à des trucs genre chaussettes anti-gravitationnelles qui me permettraient d’escalader la façade des immeubles. Et aussi à un spray qui me rendrait invisible.
Il n’y a rien de pire que de porter les vêtements d’une autre. Bon, d’accord, la famine dans le monde, à la rigueur, ou une épidémie de typhoïde, mais à part ça, je ne vois pas.
J’entrebâillai pour voir qui c’était. Valérie. Elle portait une veste de tailleur noire ajustée et un pantalon assorti, un chemisier blanc amidonné et une cravate à rayures rouges et noires. Ses mèches à la Meg Ryan étaient plaqués derrière ses oreilles.
- Nouveau look, dis-je. En quel honneur ?
- C’est ma première journée de lesbienne.
Lula était toujours en cuir. Quant à moi, j’avais des bottes, un jean, mes deux coquards et la glacière Igloo. Les gens, le regard aimanté par nous, se cognaient contre les rayonnages et les mannequins.
Règle numéro un du chasseur de primes : passer inaperçu.
Mon téléphone sonna et je faillis lâcher la glacière.
C’était Ranger.
- Qu’est-ce vous foutez, bordel ? Vous attirez tellement l’attention qu’un vigile vous suit. Il doit penser que vous transportez une bombe.
- En blond, dis-je à Arnold, le seul coiffeur du Bourg ouvert le dimanche matin. Blond platine. J’ai envie de ressembler à Marilyn.
- Chérie, avec les cheveux que tu as, tu ne peux pas ressembler à Marilyn, mais à Art Garfunkel.
- Fais-le, je te dis !
A mon retour, je croisai M. Morganstern dans le hall.
- Wouah, fit-il, vous ressemblez à… à…
- Garfunkel ?
- Non, à la chanteuse qui a des seins en cornets de glace.
- Madonna.
- Ouais. Celle-là.
Je rentrai chez moi, fonçai à la salle de bains et examinai mes cheveux dans le miroir. J’aimais bien. C’était autre chose. Très classe, avec côté un peu pute.
- Tes cheveux, murmura-t-elle.
- J’avais envie d’essayer autre chose.
- Mon Dieu, tu ressembles à… à…
- Madonna ?
- Art Garfunkel.
- Il est hors de question que tu emmènes ta grand-mère à moto, intervint ma mère. Elle va tomber et se tuer.
Mon père, fort judicieusement, ne pipa mot.
Il va aller en prison. Il ne voit rien. Il n’entend rien. Il ne peut pas pisser en moins d’un quart d’heure. Mais il a une belle érection, et tous ses autres problèmes sont de la menue monnaie. Dans ma prochaine vie, je veux être un homme. Les priorités sont si clairement définies. La vie est si simple.
Septième Ciel, Janet Evanovich
Le mois dernier, Mamie a décroché son permis de conduire et s’est acheté une corvette rouge. Il lui a fallu très exactement cinq jours pour réunir assez de contraventions pour excès de vitesse et perdre son permis.
- Alors, elle était comment ? voulut savoir Mamie. Loretta ? Qu’est-ce qu’elle portait ? Comment était-elle coiffée ? Doris Szuch m’a dit qu’elle l’avait vue à la supérette hier après-midi, alors je suppose qu’elle n’était pas encore toute pourrie et mangée par les vers.
Mon père tendit le bras vers le couteau à découper, mais ma mère arrêta son geste d’un regard d’acier qui lui disait n’y pense même pas.
- Je suis un Super Héros, man, rétorqua Mooner.
- Une Super Tantouze, plutôt. Vous vous baladez dans cette tenue toute la journée ?
- Sûrement pas, man. C’est ma tenue secrète. […]
- Vous savez voler comme Superman ? lui demanda Benny.
- Non, moi, je vole dans ma tête, man. Genre, je m’élève, tu vois. […]
- Le seul problème, c’est qu’on n’a pas de cape. C’est sans doute pour ça que le vieux, il a pas compris que j’étais un super héros. Pas de cape.
- Tu ne penses pas réellement être un super héros, dis ?
- Dans la vraie vie, tu veux dire ?
- Mouais.
Mooner paraissait surpris.
- Les super héros, c’est juste de la fiction, déclara-t-il. On te l’avait jamais dit ?
- Simple curiosité de ma part.
Je dressai un inventaire mental de mon équipement. Bombe lacrymo et menottes dans mon sac. Le pistolet paralysant s’y trouvait sans doute aussi, mais peut-être pas rechargé. Mon .38 était chez moi dans la boîte à biscuits. Et j’avais ma lime à ongles au cas où ça tournerait à la bagarre.
- J’en conclus que tu connais le type qui s’est désapé dans ton couloir, dit Morelli.
- Mooner. Il voulait me montrer ses sous-vêtements. […]
Je téléphonai à Mooner pour lui faire part de nos non-découvertes.
- Hé, man, ça devient angoissant. Y a pas que Dougie qui a disparu. Mes fringues aussi.
- Ne t’en fais pas pour ça. Je les ai retrouvées.
- Putain, t’es forte. T’es hyper forte.
J’exécutai mentalement plusieurs roulements d’yeux et raccrochai.
- Comment m’as-tu entendue ? Je chuchotais, et ta porte était fermée.
- Mon cul a des oreilles. J’entends tout.
- Des clopes de première qualité. Tu en veux ?
Merde.
- Ça, ce n’est pas bien, dis-je à Mooner.
- Je sais. Ça tue, man. Vaut mieux de l’herbe.
En vérité, mes fiançailles étaient plutôt floues car Joe m’avait fait sa demande à un moment où il était difficile de faire la distinction entre le désir de passer le restant de nos jours ensemble et celui de faire l’amour sur une base régulière. A côté de la libido de Joe, la mienne paraît négligeable, alors, évidemment, il est plus souvent favorable au mariage que moi.
- Man, fit Mooner.
- Tu as de la drogue dans ton sac ?
- Hé, pour qui tu me prends ?
- Pour un camé.
- Ouais, bon, c’est parce que tu me connais.
- Bon, tu veux du café ou pas ?
- Oui ! Je veux du café et tout de suite !
Sa voix monta d’un cran supplémentaire. Il criait carrément à présent.
- Je ne vais quand même pas l’attendre éternellement, ce café !
Vlan, je posai un mug sur le comptoir de la cuisine, y versai du café et le poussai violemment vers Mooner. Puis, je téléphonai à Morelli.
- J’ai besoin de plantes, lui dis-je. Il faut que tu m’en trouves.
- Tu songes à quoi ? Un caoutchouc ?
- Non, je songe à de la marijuana. J’ai jeté toutes les drogues de Mooner dans les toilettes hier soir, et maintenant, je ne le supporte plus. C’est à croire qu’il a des symptômes prémenstruels. […]
Je levai les yeux au ciel si haut que j’eus l’impression qu’ils firent un tour sur eux-mêmes et je me vidai les poumons en poussant un gros soupir agacé pendant que Mooner allait chercher ses chaussures en râlant. Super. Je n’étais même pas en manque et voilà que, moi aussi, j’avais des symptômes prémenstruels.
- Je me disais que j’avais besoin d’une ceinture pour ma Super Tenue. Pour ranger tout mon matos anti-criminalité, tu vois.
- De quel « matos » parles-tu ?
- Je n’y ai pas encore complètement réfléchi mais je pense à des trucs genre chaussettes anti-gravitationnelles qui me permettraient d’escalader la façade des immeubles. Et aussi à un spray qui me rendrait invisible.
Il n’y a rien de pire que de porter les vêtements d’une autre. Bon, d’accord, la famine dans le monde, à la rigueur, ou une épidémie de typhoïde, mais à part ça, je ne vois pas.
J’entrebâillai pour voir qui c’était. Valérie. Elle portait une veste de tailleur noire ajustée et un pantalon assorti, un chemisier blanc amidonné et une cravate à rayures rouges et noires. Ses mèches à la Meg Ryan étaient plaqués derrière ses oreilles.
- Nouveau look, dis-je. En quel honneur ?
- C’est ma première journée de lesbienne.
Lula était toujours en cuir. Quant à moi, j’avais des bottes, un jean, mes deux coquards et la glacière Igloo. Les gens, le regard aimanté par nous, se cognaient contre les rayonnages et les mannequins.
Règle numéro un du chasseur de primes : passer inaperçu.
Mon téléphone sonna et je faillis lâcher la glacière.
C’était Ranger.
- Qu’est-ce vous foutez, bordel ? Vous attirez tellement l’attention qu’un vigile vous suit. Il doit penser que vous transportez une bombe.
- En blond, dis-je à Arnold, le seul coiffeur du Bourg ouvert le dimanche matin. Blond platine. J’ai envie de ressembler à Marilyn.
- Chérie, avec les cheveux que tu as, tu ne peux pas ressembler à Marilyn, mais à Art Garfunkel.
- Fais-le, je te dis !
A mon retour, je croisai M. Morganstern dans le hall.
- Wouah, fit-il, vous ressemblez à… à…
- Garfunkel ?
- Non, à la chanteuse qui a des seins en cornets de glace.
- Madonna.
- Ouais. Celle-là.
Je rentrai chez moi, fonçai à la salle de bains et examinai mes cheveux dans le miroir. J’aimais bien. C’était autre chose. Très classe, avec côté un peu pute.
- Tes cheveux, murmura-t-elle.
- J’avais envie d’essayer autre chose.
- Mon Dieu, tu ressembles à… à…
- Madonna ?
- Art Garfunkel.
- Il est hors de question que tu emmènes ta grand-mère à moto, intervint ma mère. Elle va tomber et se tuer.
Mon père, fort judicieusement, ne pipa mot.
Il va aller en prison. Il ne voit rien. Il n’entend rien. Il ne peut pas pisser en moins d’un quart d’heure. Mais il a une belle érection, et tous ses autres problèmes sont de la menue monnaie. Dans ma prochaine vie, je veux être un homme. Les priorités sont si clairement définies. La vie est si simple.
Septième Ciel, Janet Evanovich

Art Garfunkel.
17:36 Publié dans Mes lectures, extraits. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Ecrire un commentaire