04/02/2009
Momo, Michael ENDE
- Non, Momo, cette collection de montres, c’est ma marotte. Elles ne sont que la reproduction très imparfaite de ce que tout homme cache dans sa poitrine. De même qu’il a des yeux pour voir la lumière et des oreilles pour entendre les sons, de même il a un cœur pour percevoir le temps. Et le temps qui n’est pas perçu par le cœur est perdu tout comme sont perdues, pour l’aveugle, les couleurs de l’arc-en-ciel ou le chant des oiseaux pour un sourd. Il y a, hélas ! des cœurs sourds et aveugles qui ne perçoivent rien, et pourtant ils battent.
Momo comprenait, à présent, que posséder certaines richesses sans pouvoir les partager avec d’autres peut vous faire mourir.
Momo, Michael ENDE
Un véritable bijou. J'aime et j'en redemande. Prochaine étape L'Histoire sans fin.
Ode à l'imagination et invitation à profiter de la vie, le tout enrobé de poésie, exquis.
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Le joueur d’échecs, Stefan Zweig
Je m’approchai et crus reconnaître, à travers l’étoffe tendue le format rectangulaire d’un livre. Un livre ! Mes genoux se mirent à trembler : un livre ! Il y avait quatre mois que je n’en avais pas tenu dans ma main et sa simple représentation m’éblouissait. Un livre dans lequel je verrais des mots alignés les uns à côté des autres, des lignes, des pages, des feuillets que je pourrais tourner. Un livre où je pourrais suivre d’autres pensées, des pensées neuves qui me détourneraient de la mienne, et que je pourrais garder dans la tête, quelle trouvaille enivrante et calmante à la fois ! Mes regards se fixaient, hypnotisés, sur cette poche gonflée où se dessinait la forme du livre, ils étaient aussi brûlants en regardant cet endroit banal, que s’ils voulaient faire un trou dans le manteau. Je n’y tins plus, et sans le vouloir, je m’approchai encore. A la seule idée de palper un livre, fût-ce à travers une étoffe, les doigts me brûlaient jusqu’au bout des ongles.
Vous vous imaginez sans doute que j’ai immédiatement tiré le livre de sa cachette pour le contempler et le lire. Je n’en fis rien. Je voulus d’abord savourer toute la joie que me donnait la simple présence de ce livre, et je retardai à dessein le moment de le voir, pour le plaisir excitant de rêver en me demandant quelle sorte de livre je voulais que ce fût : surtout, imprimé très serré, avec le plus de texte possible, des feuillets très, très fins, afin que j’aie plus longtemps à lire. J’espérais aussi que ce serait une œuvre difficile, qui demanderait un gros effort intellectuel, rien de médiocre, quelque chose qui puisse s’apprendre, qui se puisse apprendre par cœur, de la poésie, et de préférence – quel rêve téméraire ! – Goethe ou Homère.
Il ne s’agira pour moi que de me mettre à l’épreuve… oui, je voudrais… je voudrais savoir si je suis capable de jouer une partie d’échecs ordinaire, sur un vrai échiquier, avec de vraies pièces, contre un adversaire réel… car il me reste toujours un doute à ce sujet. Ces cent, peut-être ces mille parties que j’ai jouées, étaient-elles réglementaires ? Ou n’était-ce qu’un jeu de rêve, comme on en fait quand on a la fièvre, un de ces rêves fantastiques, où l’on saute souvent des échelons indispensables à la réalité ? Car vous ne prétendez pas sérieusement, j’espère, que je me mesure à un champion du monde et que je le mette hors de combat. La seule chose qui m’intrigue et qui m’intéresse, c’est de savoir une fois pour toutes si je jouais vraiment aux échecs, dans ma cellule, ou si j’étais déjà fou. En un mot, si j’étais en deçà ou au-delà de la zone dangereuse.
Véritable dilettante au plus beau sens du mot, il ne voyait dans le jeu que le plaisir qu’il lui causait, nous donnait avec désinvolture des explications entre les coups, allumait une cigarette d’un main légère et ne regardait l’échiquier qu’une minute avant que ce soit à lui de jouer. Il semblait toujours avoir prévu les intentions de l’adversaire.
Le joueur d’échecs, Stefan Zweig
Présenté comme un chef d'oeuvre... du moins l'auteur était supposé pondre de la 'véritable littérature'... mais après la dissipation des premiers effets... j'ai quand même été assez déçue. M'enfin, j'en veux pas trop à la libraire d'avoir essayé. Du coup, j'en ai acheté un autre pour tester si c'est dû à moi ou au choix du livre.
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L’écume des jours, Boris Vian
L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre.
- C’est étrange, dit le professeur. Je n’aurais pas cru que le vanillier puisse produire un effet. Je pensais plutôt au genévrier ou à l’acacia. La médecine, vous savez, c’est un jeu d’andouilles, conclut-il.
L’écume des jours, Boris Vian
Je n'avais jamais lu Vian, alors je me suis dit : Pourquoi pas ? Bah, j'ai franchement eu du mal à le digérer... j'avais aucune envie de le finir.
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L’attrape-cœurs, JD Salinger
Je déteste eployer des expressions à la con comme « voyager incognito ». Mais quand je suis avec un mec ringard, forcément je lui parle ringard.
Je pensais que les deux moches, Marty et Laverne, étaient peut-être sœurs, mais quand je leur ai demandé elles se sont vexées. On voyait qu’aucune des deux avait envie de ressembler à l’autre et on pouvait pas le leur reprocher mais, bon, c’était tout de même marrant.
C’était un de ces gars qui se figurent qu’on va les prendre pour une tapette s’ils vous fracturent pas les os en quarante morceaux quand ils vous serrent la pince.
(Allie est son petit frère, mort d’une leucémie quelques années auparavant.)
Ouah, je me sentais misérable. Je me sentais tellement vidé, vous pouvez pas vous imaginer. Ce que j’ai fait, je me suis mis à parler presque à voix haute, à parler à Allie. Je fais ça quelquefois quand j’ai le cafard. Je lui dis d’aller à la maison chercher son vélo et venir me rejoindre devant la maison de Bobbie Fallon. Bobbie Fallon, il habitait tout près de chez nous dans le Maine – y a des années, c’es-à-dire. En tout cas ce qui est arrivé c’est qu’un jour Bobbie et moi on allait au lac Sedebego à bicyclette. On emportait nos sandwichs du déjeuner et nos carabines à air comprimé – on était des gamins et tout qui se figuraient pouvoir attraper quelque chose avec leurs carabines. Bon. Allie nous a entendu en parler et il a voulu venir et je voulais pas l’emmener. Je lui ai dit qu’il était trop petit. Aussi, maintenant, de temps en temps, quand j’ai le cafard, je luis dis « Okay. Va à la maison et prends ton vélo et rejoins-moi devant la maison de Bobbie. Grouille. » C’est pas que je voulais jamais l’emmener avec moi quand j’allais quelque part. Mais ce jour-là j’ai aps voulu. Il s’est pas fâché, Allie – il se fâchait jamais mais quand ça va mal j’y repense.
J’ai pris ma clef et j’ai ouvert. Doucement. Doucement. Puis encore plus doucement et tout je suis rentré et j’ai refermé la porte. Décidément, j’aurais dû être cambrioleur.
J’ai marché, j’ai marché dans la Cinquième Avenue, sans cravate ni rien. Et puis tout d’un coup il m’est arrivé quelque chose de vachement effrayant. Chaque fois que j’arrivais à une rue transversale et que je descendais de la saleté de trottoir, j’avais l’impression que j’atteindrais jamais l’autre côté de la rue. Je sentais que j’allais m’enfoncer dans le sol, m’enfoncer encore et encore et personne me reverrait jamais.
Faut jamais rien raconter à personne. Si on le fait, tout le monde se met à vous manquer.
L’attrape-cœurs, JD Salinger
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Kobar, Claude KLOTZ
Eléna lui reprochait souvent son mutisme mais par moments, il lui était impossible de parler.
Kobar remua sa langue, une salive épaisse lui vint à ce moment-là, un mortier, un jour il deviendrait un homme de pierre et ce serait le repos.
Sans cris, des mouettes planèrent et, ivre de fatigue, Kobar s’étendit sur le plat-bord face au ciel blanc, page sur laquelle rien n’était écrit.
Kobar, Claude KLOTZ
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