16/03/2009
Flambant neuf, Janet Evanovich
Je trouve ça réconfortant de voir que les rideaux de Tante Rose lui ont survécu. Une pierre tombale, c’est bien, mais des rideaux, c’est tellement plus personnel.
Mes mains ne tremblaient plus, ma douleur au thorax s’estompait, mais je savais que, quelque part dans ma tête, subsistaient de noires pensées au sujet de Howie, que la tristesse montrerait le bout de son nez et que je devrais la renfoncer dans des fissures pleines de magma cérébral. Je crois fermement aux valeurs du déni. La colère, la passion et la peur se déversent en moi en temps réel. La tristesse, je la garde en réserve jusqu’à ce qu’elle s’émousse. Un jour, dans trois mois, je flânerai au rayon céréales du supermarché et j’éclaterai en sanglots en pensant à Howie, un type que je ne connaissais même pas, bon Dieu. Face aux boîtes de céréales, je reniflerai et clignerai des yeux pour chasser mes larmes et que personne ne s’aperçoive que je suis une bêtasse hyperémotive. Je songerai à la vie de Howie, à ce à quoi elle avait dû ressembler, puis à sa mort, et je sentirai un trou béant s’ouvrir en moi. Et alors, je foncerai au rayon surgelés, je choisirai une boîte de glace Häagen-Dazs au café et je mangerai tout.
J’étais piquée au vif que Morelli n’ait pu s’empêcher de sourire au souvenir de Terry Gilman en caraco et en string. Gilman et ses lolos du tonnerre. Ah ! Gifle mentale.
Moi, je n’avais pas besoin de la carte. Je prends toujours des fettucini Alfredo aux saucisses, et, parce que je n’ai pas envie de mourir, du vin rouge pour déboucher mes artères.
Ranger considéra le plat qu’on m’avait servi. Pâtes, saucisses, sauce au fromage et à la crème fraîche.
- Baby… soupira-t-il.
Dans son assiette : un blanc de poulet et des légumes grillés. S’il nourrissait mes fantasmes, lui ne savait pas se nourrir.
Flambant neuf, Janet Evanovich
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Quatre ou double, Janet Evanovich
Les épagneuls bretons sont mignons. Les chaussons pour bébés sont mignons. Morelli n’est pas mignon. Non, non, non. Morelli peut faire bouillir de l’eau rien qu’en la regardant.
- Il n’y a rien de bien à la télé ce soir, de toute façon, me cria ma grand-mère de l’étage. Et ne t’inquiète pas, je viendrai équipée !
Je bondis de ma chaise.
- Pas de revolver ! dis-je en lançant un regard à ma mère. Elle n’a plus son .45, hein ?
- J’ai fouillé sa chambre et je ne l’ai pas trouvé.
- Je veux qu’elle subisse une fouille corporelle avant qu’elle monte dans ma voiture.
- Pas assez d’argent dans tout l’univers, dit mon père. Je ne regarderai jamais cette femme nue, pas même sous la menace.
Sally, souleva sa jupe plongea la main dans son slip et en sortit un revolver. Un Glock. (…)
D’un geste vif, Lula dégaina un revolver de sa pochette en satin rose et ma grand-mère brandit son .45.
- Vas-y, fais-toi plaisir, minable, dit Mamie Mazur.
- Hé, j’veux pas d’ennuis. On déconnait, c’est tout.
- J’ai envie de le buter, dit Sally. Vous ne direz rien, les filles ?
- Ce n’est pas juste, dit Lula. C’est moi qui veux le descendre.
- O.K., dit ma grand-mère. Je compte jusqu’à trois, et on tire en même temps.
Quatre ou double, Janet Evanovich
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04/02/2009
Un trésor dans la Tamise, Melvin BURGESS
J’adore mon père et ma mère et j’étais fier de travailler pour aider à nourrir toute la famille. Mais le problème, avec l’honnêteté, c’est qu’il faut travailler dur pour arriver nulle part. Mieux vaut chiper que trimer.
Eprouver de la fierté, c’est bien, mais je me disais souvent que je préfèrerais avoir un peu honte et vivre une vraie vie avec Dix Tonnes et Davies.
Les fleurs se sont éparpillées au gré du vent et des flots. C’était d’une tristesse… Elles étaient jolies, mais rien ne vaut plus que d’être en vie. Tout l’équipage a observé un moment de silence. Je ne sais pas si c’était par respect pour Dix Tonnes, ou s’ils regardaient juste deux cinglés jeter un shilling par-dessus bord.
L’Alice May a poursuivi sa route. Derrière nous, les lis étaient ballottés par les vagues. Nous étions en partance pour la mer, sur les traces de notre ami. La seule différence, c’est qu’il était sous l’eau et que nous étions dessus.
Un trésor dans la Tamise, Melvin BURGESS
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Un toit pour nous trois, Jackie French Koller
« Alors, tu me montres ton œuvre ? » dis-je en espérant faire diversion.
Ma manœuvre réussit, et Mandy se met à fouiller dans son panier repas.
« C’est ça ! »s’écrie-t-elle en brandissant un morceau de papier journal tout froissé. Elle le déplie et me montre une espèce de grosse pizza au salami couverte d’épaisses traînées de peinture.
« Oh… la jolie fleur. »
La fleur, ça marche presque à tous les coups. Mandy aime bien les fleurs, et elle adore en peindre de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Mais cette fois-ci, c’est raté.
« Ce n’est pas une fleur. C’est Casey, dit-elle d’un ton ulcéré.
- Oh, bien sûr, c’est Casey, que je suis bête ! »
Je prends le dessin de Mandy.
« C’est tout à fait lui. Comment est-ce que j’ai fait pour ne pas le reconnaître ?
- Faut pas être bien maligne. »
« Est-ce que maman est quelqu’un de méchant ? »
Je détourne le regard pour que Mandy n’y lise pas la terrible réponse. Oui, c’est quelqu’un de méchant, d’affreux, d’égoïste, et je la déteste ! Mais dès que je m’avoue que je la déteste, j’ai honte. Je me sens coupable d’être en colère. Je pense à tout ce que maman a promis dans els larmes, toutes les fois où elle annonce : « Jamais, Anna, plus jamais. Tu verras… »
Nous faisons demi-tour et marchons lentement vers la plage, la main dans la main. Les montagnes sont d’un bleu-vert profond. Elles font comme des bras immenses, qui m’entourent et me protègent.
Un toit pour nous trois, Jackie French Koller
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S.O.S. grands-pères, Anne-Marie DESPLAT-DUC
« Tu vois, Sébastien, cette maison, c’est TA maison. Plus tard, elle sera à toi, parce que tu l’aimes et elle aussi, elle t’aime. Si, si, tu peux me croire. L’hiver, quand tu n’es plus là, elle s’ennuie. Les pierres sont grises suintent un peu, les meubles craquent, les oiseaux ne gazouillent plus le matin sur le toit.
Tout est triste. Et puis, un peu avant ton arrivée, au printemps elle se fait belle. La glycine grime jusqu’au balcon, les pierres s’ensoleillent, l’hirondelle refait son nid sous le chéneau. Alors tu arrives et tout le monde est content. »
S.O.S. grands-pères, Anne-Marie DESPLAT-DUC
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Quatre sœur, Tome 1 – Enid, Malika FERDJOUKH
La petite sœur devenait grande. L’an dernier, Enid pouvait rester en chemise, à claquer des dents et à rabâcher : « J’ai froid, j’ai froid, j’ai froid », sans penser que l’antidote était d’enfiler un pull.
Plutôt un moyen d’avoir la paix, la durée d’occupation d’une salle de bains par Bettina allant de quarante-cinq minutes (si elle était pressée) à deux heures et plus (dimanches, vacances et fêtes).
Elle avait entendu un fantôme. Mais convaincre les grands c’était comme vouloir qu’un chewing-gum mâchouillé une heure conserve son goût du début.
« - Problème : il n’y a pas de sous-titres français, précisa Clovis.
- Bah, dit Béhotéguy, dans les films d’horreur les dialogues sont tous les mêmes, « Oh my God ! » ça veut dire : « Au secours, le tueur s’est enfermé dans la même pièce que moi ! »
- Et « Fuck him ! » ça veut dire : « Je lui tire dessus au Magnum 357 depuis une plombe, pourquoi est-il toujours vivant ?! »
« - La fille d’une collègue de Charlie. Elle s’appelle, tenez-vous bien, Pigeon.
- Colombe, corrigea loyalement Enid. »
Philippe Belmonbiche était un professionnel. (…)
« -Colmater c’truc ? Pose et épose. Echafaudage. Escalade. Rebouchage. Ca va vous coûter… »
Et de proférer un de ces chiffres cardiotoniques dont il avait le secret.
Quant à Hortense et Geneviève, elles ne firent rien, sinon essayer d’avoir l’air normal, ce qui leur donna l’air louche.
(…) tante Lucrèce s’écroula un peu plus dans le sofa, au bord de la syncope.
« - Vite, mon sac ! gémit-elle. Mon vieil armagnac ! Mon vieil armagnac… »
Bettina bondit sur ses pieds et tourna la tête dans tous les sens, l’air de chercher quelqu’un.
« Un vieillard maniaque ? répéta-t-elle. Où ça, un vieillard maniaque ? »
Quatre sœur, Tome 1 – Enid, Malika FERDJOUKH
Parenthèse littérature jeunesse. Un peu décalé, mais séduisant et drôle.
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Momo, Michael ENDE
- Non, Momo, cette collection de montres, c’est ma marotte. Elles ne sont que la reproduction très imparfaite de ce que tout homme cache dans sa poitrine. De même qu’il a des yeux pour voir la lumière et des oreilles pour entendre les sons, de même il a un cœur pour percevoir le temps. Et le temps qui n’est pas perçu par le cœur est perdu tout comme sont perdues, pour l’aveugle, les couleurs de l’arc-en-ciel ou le chant des oiseaux pour un sourd. Il y a, hélas ! des cœurs sourds et aveugles qui ne perçoivent rien, et pourtant ils battent.
Momo comprenait, à présent, que posséder certaines richesses sans pouvoir les partager avec d’autres peut vous faire mourir.
Momo, Michael ENDE
Un véritable bijou. J'aime et j'en redemande. Prochaine étape L'Histoire sans fin.
Ode à l'imagination et invitation à profiter de la vie, le tout enrobé de poésie, exquis.
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Le joueur d’échecs, Stefan Zweig
Je m’approchai et crus reconnaître, à travers l’étoffe tendue le format rectangulaire d’un livre. Un livre ! Mes genoux se mirent à trembler : un livre ! Il y avait quatre mois que je n’en avais pas tenu dans ma main et sa simple représentation m’éblouissait. Un livre dans lequel je verrais des mots alignés les uns à côté des autres, des lignes, des pages, des feuillets que je pourrais tourner. Un livre où je pourrais suivre d’autres pensées, des pensées neuves qui me détourneraient de la mienne, et que je pourrais garder dans la tête, quelle trouvaille enivrante et calmante à la fois ! Mes regards se fixaient, hypnotisés, sur cette poche gonflée où se dessinait la forme du livre, ils étaient aussi brûlants en regardant cet endroit banal, que s’ils voulaient faire un trou dans le manteau. Je n’y tins plus, et sans le vouloir, je m’approchai encore. A la seule idée de palper un livre, fût-ce à travers une étoffe, les doigts me brûlaient jusqu’au bout des ongles.
Vous vous imaginez sans doute que j’ai immédiatement tiré le livre de sa cachette pour le contempler et le lire. Je n’en fis rien. Je voulus d’abord savourer toute la joie que me donnait la simple présence de ce livre, et je retardai à dessein le moment de le voir, pour le plaisir excitant de rêver en me demandant quelle sorte de livre je voulais que ce fût : surtout, imprimé très serré, avec le plus de texte possible, des feuillets très, très fins, afin que j’aie plus longtemps à lire. J’espérais aussi que ce serait une œuvre difficile, qui demanderait un gros effort intellectuel, rien de médiocre, quelque chose qui puisse s’apprendre, qui se puisse apprendre par cœur, de la poésie, et de préférence – quel rêve téméraire ! – Goethe ou Homère.
Il ne s’agira pour moi que de me mettre à l’épreuve… oui, je voudrais… je voudrais savoir si je suis capable de jouer une partie d’échecs ordinaire, sur un vrai échiquier, avec de vraies pièces, contre un adversaire réel… car il me reste toujours un doute à ce sujet. Ces cent, peut-être ces mille parties que j’ai jouées, étaient-elles réglementaires ? Ou n’était-ce qu’un jeu de rêve, comme on en fait quand on a la fièvre, un de ces rêves fantastiques, où l’on saute souvent des échelons indispensables à la réalité ? Car vous ne prétendez pas sérieusement, j’espère, que je me mesure à un champion du monde et que je le mette hors de combat. La seule chose qui m’intrigue et qui m’intéresse, c’est de savoir une fois pour toutes si je jouais vraiment aux échecs, dans ma cellule, ou si j’étais déjà fou. En un mot, si j’étais en deçà ou au-delà de la zone dangereuse.
Véritable dilettante au plus beau sens du mot, il ne voyait dans le jeu que le plaisir qu’il lui causait, nous donnait avec désinvolture des explications entre les coups, allumait une cigarette d’un main légère et ne regardait l’échiquier qu’une minute avant que ce soit à lui de jouer. Il semblait toujours avoir prévu les intentions de l’adversaire.
Le joueur d’échecs, Stefan Zweig
Présenté comme un chef d'oeuvre... du moins l'auteur était supposé pondre de la 'véritable littérature'... mais après la dissipation des premiers effets... j'ai quand même été assez déçue. M'enfin, j'en veux pas trop à la libraire d'avoir essayé. Du coup, j'en ai acheté un autre pour tester si c'est dû à moi ou au choix du livre.
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L’écume des jours, Boris Vian
L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre.
- C’est étrange, dit le professeur. Je n’aurais pas cru que le vanillier puisse produire un effet. Je pensais plutôt au genévrier ou à l’acacia. La médecine, vous savez, c’est un jeu d’andouilles, conclut-il.
L’écume des jours, Boris Vian
Je n'avais jamais lu Vian, alors je me suis dit : Pourquoi pas ? Bah, j'ai franchement eu du mal à le digérer... j'avais aucune envie de le finir.
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L’attrape-cœurs, JD Salinger
Je déteste eployer des expressions à la con comme « voyager incognito ». Mais quand je suis avec un mec ringard, forcément je lui parle ringard.
Je pensais que les deux moches, Marty et Laverne, étaient peut-être sœurs, mais quand je leur ai demandé elles se sont vexées. On voyait qu’aucune des deux avait envie de ressembler à l’autre et on pouvait pas le leur reprocher mais, bon, c’était tout de même marrant.
C’était un de ces gars qui se figurent qu’on va les prendre pour une tapette s’ils vous fracturent pas les os en quarante morceaux quand ils vous serrent la pince.
(Allie est son petit frère, mort d’une leucémie quelques années auparavant.)
Ouah, je me sentais misérable. Je me sentais tellement vidé, vous pouvez pas vous imaginer. Ce que j’ai fait, je me suis mis à parler presque à voix haute, à parler à Allie. Je fais ça quelquefois quand j’ai le cafard. Je lui dis d’aller à la maison chercher son vélo et venir me rejoindre devant la maison de Bobbie Fallon. Bobbie Fallon, il habitait tout près de chez nous dans le Maine – y a des années, c’es-à-dire. En tout cas ce qui est arrivé c’est qu’un jour Bobbie et moi on allait au lac Sedebego à bicyclette. On emportait nos sandwichs du déjeuner et nos carabines à air comprimé – on était des gamins et tout qui se figuraient pouvoir attraper quelque chose avec leurs carabines. Bon. Allie nous a entendu en parler et il a voulu venir et je voulais pas l’emmener. Je lui ai dit qu’il était trop petit. Aussi, maintenant, de temps en temps, quand j’ai le cafard, je luis dis « Okay. Va à la maison et prends ton vélo et rejoins-moi devant la maison de Bobbie. Grouille. » C’est pas que je voulais jamais l’emmener avec moi quand j’allais quelque part. Mais ce jour-là j’ai aps voulu. Il s’est pas fâché, Allie – il se fâchait jamais mais quand ça va mal j’y repense.
J’ai pris ma clef et j’ai ouvert. Doucement. Doucement. Puis encore plus doucement et tout je suis rentré et j’ai refermé la porte. Décidément, j’aurais dû être cambrioleur.
J’ai marché, j’ai marché dans la Cinquième Avenue, sans cravate ni rien. Et puis tout d’un coup il m’est arrivé quelque chose de vachement effrayant. Chaque fois que j’arrivais à une rue transversale et que je descendais de la saleté de trottoir, j’avais l’impression que j’atteindrais jamais l’autre côté de la rue. Je sentais que j’allais m’enfoncer dans le sol, m’enfoncer encore et encore et personne me reverrait jamais.
Faut jamais rien raconter à personne. Si on le fait, tout le monde se met à vous manquer.
L’attrape-cœurs, JD Salinger
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